vendredi 4 mars 2011

Le projet _ Vibra Songs _

M O N   H I S T O I R E . . .par Sthyk Balossa

Mon inspiration vient de mon vécu des différentes périodes de guerre ethniques qui eurent lieu 
au Congo Brazzaville entre 1993 et 1999.
A l'époque je n'avais jamais vu d'armes de guerre si ce n'est à la télé, au journal télévisé lors 
de l'apartheid en Afrique du sud ou en Namibie. Tout commença lors de la chute du parti unique 
en 1991 puis avec l'avènement de la démocratie. Le Congo Brazzaville n'a cessé ensuite d'être 
déchiré par les guerres fratricides. Trois guerres civiles se sont succédées.

J'étais à Pointe Noire quand la première guerre tribale et ethnique Nibolektcheck 
(affrontant les ethnies du sud, les Bembes et les Lari) s'est déclenchée entre les milices 
de Pascal Lissouba, nommées Zoulou, et celles de Bernard Kolelas ancien maire de Brazzaville, 
surnommées Ninja. Au total environ 50 000 personnes sont déplacées pour fuir la ville 
et on compte 2 000 victimes de la guerre.

La seconde guerre civile affrontait les Ninjas, les Zoulous, les Aubevilois et les Cobras 
de Denis Sassou Nguesso, dits les Nordistes. Ca sifflait partout. Avant que la situation n'empire, 
je suis parti de Brazza pour me réfugier chez ma grand mère maternelle dans la 2ème ville du pays,
Pointe-Noire, la capitale économique, là où sont les richesses que prélève la France.
La troisième guerre a débuté comme une rumeur, soit disant une vague de résistance. 
Les politiques avaient déjà tracé leur plan. Ce jour-là, le 18 décembre 1998, il devait être 
11h quand les rebelles sont entrés dans les quartiers sud de Brazzaville. 
Nombreux furent ceux qui les acclamèrent à leur entrée en ville, au point d'étaler 
des pagnes en leur honneur. Je n'avais jamais vu ça, c'était déjà un signe de malheur. 
Quelques heures plus tard une masse de gens commençait à courir dans tous les sens : 
les Cobras,autrement dit la garde républicaine et l'armée commençaient à riposter 
tout le long du fleuve Congo. La moitié des gens tentait de se réfugier dans la Résidence Française.
Ils furent tués à l'entrée car ils n'avaient pas « le visa d'entrée » !

Le quartier sud était devenu un champs de bataille, ma famille et moi avons fait nos bagages 
direction le Pont du Djoué, qui marque l'entrée sud de la capitale, où l'on pensait trouver la sécurité. 
C'était la seule façon de survivre, ça chauffait tellement, il fallait descendre vers le sud 
car le nord devenait trop dangereux.
Dans chaque rue, des corps de civils, des hommes d'affaire, des militaires, des rebelles.
Il y avait tellement de gens dans notre situation. Dans la foule, j'avais perdu les traces 
de ma famille. Je me suis retrouvé seul avec des amis, avec à mon dos un sac de ma mère 
qui pesait au moins 40 à 50 kilos où il y avait toute sa layette. On attendait un nouveau venu 
dans la famille. J'ai fait de longues distances à pied de Brazzaville à Lomo. J'étais pris au piège, 
loin de tous mes repères, il a fallu faire face au pire.
La plupart des amis ne supportaient plus et avaient fini par choisir de rejoindre la résistance, 
sans armes, juste avec des couvercles de marmite pour apeurer l'ennemi. 
Mais finalement qui était vraiment cet ennemi ? C'était juste une bêtise.

Le village était triste, les enfants mouraient faute de sucre et de sel. 
Que des fosses communes, des viols, les hélicos de guerre qui pilonnaient. 
Certains revenaient du front avec des bras coupés. Je ne cessais de penser à mes parents, 
de me demander s'ils étaient vivants ou non.

Or, j'apprenais bien plus tard à mon retour en ville, que quelques jours après notre fuite, 
l'armée avait ouvert un couloir pour libérer les quartiers sud. Mes parents étaient dans le lot 
de ces réfugiés, une vie normale les attendaient. Moi, dans les champs, la faim et la peur 
à chaque instant pour ne pas se faire choper. Tout ce temps, j'ai été forcé d'écouter 
les sons, le bruit des armes, des cris, des pleurs, des chants, des prières de tristesse.
Mon corps entier commençait à changer. Surtout mes pieds qui gonflaient de malnutrition. 
Trois moi plus tard les villages étaient envahis par l'armée.
Un couloir de paix s'ouvrait.
Avant qu'ils ne puissent ratisser les villages, il fallait que je sorte de ce maudit calvaire 
qui était pour moi une prise en otage; sans radio pour espérer ou savoir ce qu'il se passait 
ailleurs, la population était aveuglée par l'ignorance.

Le danger c'est que j'étais un homme. Je n'avais pas forcément mille et une chances
de survivre car la plupart de ceux qui étaient rentrés à Brazzaville se firent massacrer, 
nombreux lors de leur passage par le Beach de Brazzaville, port fluvial, avec le convoi 
du Haut Commissariat aux Réfugiés. On les appelait ensuite les « Disparus du Beach ».
J'avais deux dilemmes : partir ou rester pour mourir.
On a donc marché pour Brazzaville nganga lingolo toute une nuit pour ne pas se faire 
choper par les rebelles. Le retour était encore plus atroce : des tas de cadavres regroupés, la puanteur.
Je suis rentré sain et sauf dans un camp de réfugiés au Centre Sportif de Brazzaville. 
La nuit même j’ai failli être enlevé par les Cobras qui venaient juste pour prendre 
des hommes et les tuer. Pour eux, tous les hommes du Pool, région sud 
du Congo-Brazzaville, étaient forcément des Ninjas. J'ai survécu ce jour grâce 
à un enfant de 6 ans qui avait entendu parler des militaires et qui expliquait 
à son père que la Garde Républicaine avait mis en place un plan pour enlever des hommes. 
J'ai décidé de croire aux mots de cet enfant, je suis alors parti me cacher dans une salle d'école, 
plongée dans l'obscurité faute d'électricité, où il y avait beaucoup de bancs d'école abandonnés.
J'ai passé la nuit sur le sol à dormir torse nu.
Le lendemain, je suis rentré dans mon quartier à Bacongo. 
C'est là que j'ai retrouvé ma famille. Ma mère n'avait cessé de pleurer depuis 
que nous nous étions perdus ce fameux jour, au Pont du Djoué.

Vibra songs vient de là.

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